« Déposer une marque, ça coûte 190 €. » C'est le tarif affiché par l'INPI, c'est exact, et c'est aussi la source de la plupart des mauvaises surprises budgétaires.

Ces 190 €, c'est la taxe de dépôt pour une classe. Pas le coût de votre protection. Entre la recherche préalable que beaucoup oublient, le nombre de classes mal calibré, l'extension à l'Europe ou à l'international, et le renouvellement qui tombe dix ans plus tard, le budget réel se situe ailleurs. Et l'écart entre les deux se chiffre parfois en milliers d'euros - souvent au pire moment, quand un concurrent dépose un signe proche du vôtre et qu'il faut réagir.

Cet article décompose le coût complet d'un dépôt de marque en 2026 : les taxes officielles France, UE et international, les postes que les barèmes ne montrent pas, et l'arbitrage entre faire seul et se faire accompagner. Le cadre est posé par le Code de la propriété intellectuelle : une marque s'acquiert par l'enregistrement (article L.712-1 du CPI), et cet enregistrement a un prix qui dépend de choix que vous faites en amont.

Le tarif officiel INPI : 190 € (et pourquoi ce chiffre est trompeur)

Commençons par le chiffre que tout le monde cite. Le dépôt électronique d'une marque française auprès de l'INPI coûte 190 € pour une classe de produits ou services, puis 40 € par classe supplémentaire (barème INPI applicable au 27 avril 2026). Le paiement se fait en ligne au moment du dépôt, et la protection court sur dix ans.

Ce tarif est fixe et transparent. Le problème n'est pas son montant - c'est qu'il est présenté partout comme « le coût d'une marque », alors qu'il ne couvre qu'une seule opération : enregistrer le signe pour une classe, en supposant que tout se passe sans accroc.

Or trois choses peuvent faire grimper ce chiffre, et aucune n'apparaît dans le « 190 € » : le nombre de classes dont vous avez réellement besoin, ce qui se passe avant le dépôt (la vérification de disponibilité), et ce qui peut se passer après (une opposition). Ce sont précisément les postes où je vois des économies de départ se transformer en dépenses bien plus lourdes. Prenons-les dans l'ordre.

Combien de classes vous faut-il vraiment ?

Une marque ne protège pas « un nom » dans l'absolu. Elle protège un signe pour des produits et services précis, rangés dans la classification de Nice (45 classes au total). C'est ce périmètre qui détermine à la fois votre protection et votre budget : 190 € pour la première classe, 40 € pour chacune des suivantes côté INPI.

La tentation, pour économiser, est de se limiter à une classe. C'est souvent une fausse économie. Un éditeur SaaS qui ne dépose qu'en classe 9 (logiciels) mais oublie la classe 42 (services informatiques, SaaS au sens propre) laisse un pan entier de son activité sans protection. À l'inverse, déposer dans dix classes « pour être tranquille » coûte plus cher à l'entrée, et expose à un risque de déchéance pour défaut d'exploitation : une marque non utilisée pour les produits visés peut être contestée au bout de cinq ans (article L.714-5 du CPI).

En pratique, le bon calibrage tient en deux ou trois classes bien choisies. La difficulté est de savoir lesquelles, et c'est très dépendant de votre activité réelle. J'ai détaillé les combinaisons typiques selon les secteurs (classes pour une marque de logiciel SaaS, application mobile, fintech, marketplace) dans des articles dédiés. Le coût des classes n'est jamais qu'une ligne comptable : c'est la traduction chiffrée de votre stratégie de protection.

Le coût caché qui en évite de bien plus lourds : la recherche d'antériorités

Voici le poste que la plupart des budgets oublient, et celui sur lequel je recommande de ne jamais rogner.

Avant de déposer, il faut vérifier que votre signe est disponible - qu'aucune marque antérieure identique ou similaire ne couvre déjà les mêmes produits. L'INPI examine la validité de votre demande au regard de motifs absolus (un signe descriptif ou trompeur est refusé), mais il ne vérifie pas les droits antérieurs : ce n'est pas son rôle. C'est au titulaire d'une marque antérieure de s'y opposer.

Deux niveaux de recherche existent. La recherche à l'identique, gratuite sur la base de l'INPI, repère les marques strictement identiques. Utile, mais très insuffisante : le risque de confusion s'apprécie aussi sur les signes similaires (article L.711-3 du CPI), pas seulement identiques. La recherche de similarités, plus complète, est payante.

Pourquoi insister sur ce poste ? Parce que l'économiser revient à parier votre dépôt. Si vous déposez un signe qui empiète sur une marque antérieure, son titulaire dispose d'un délai de deux mois après publication pour former opposition. Une opposition devant l'INPI coûte 400 € de taxe officielle à celui qui l'engage - mais pour vous qui la subissez, le coût réel se compte en honoraires de défense, en temps perdu, et souvent en abandon pur et simple du nom sur lequel vous aviez déjà construit votre communication. J'ai vu des startups refaire toute leur identité de marque après un an d'existence pour cette raison. Le surcoût d'une recherche sérieuse en amont est sans commune mesure avec ce risque.

Un signe trop descriptif pose un problème différent mais tout aussi coûteux : il sera refusé par l'INPI, et la taxe versée reste acquise. Choisir un nom distinctif fait partie de la maîtrise du budget - j'explique pourquoi dans cet article sur les marques descriptives.

France, Europe ou international : trois budgets très différents

C'est ici que les écarts deviennent importants, parce que les taxes officielles n'ont rien à voir d'un office à l'autre.

En France (INPI), on l'a vu : 190 € la première classe, 40 € par classe supplémentaire. La protection couvre le territoire français.

Au niveau européen (EUIPO), une marque de l'Union protège les 27 États membres avec un seul dépôt. La taxe de base est de 850 € pour une classe, 50 € pour la deuxième, puis 150 € par classe à partir de la troisième. Pour une PME française qui ne vend qu'en France, c'est disproportionné. Pour un éditeur SaaS qui a des clients dans plusieurs pays de l'UE, c'est au contraire l'option la plus rationnelle : une marque UE revient bien moins cher que cinq dépôts nationaux. L'arbitrage entre marque française et marque européenne ne se résume pas au prix, il dépend de votre marché réel - je le détaille dans ce comparatif marque française / marque UE.

À l'international (Protocole de Madrid), le système permet, à partir d'une marque de base française ou européenne, d'étendre la protection à plus de 130 pays via un dépôt unique géré par l'OMPI. La structure de coût se compose d'un émolument de base (653 francs suisses pour une marque en noir et blanc, 903 CHF en couleur), d'émoluments de désignation propres à chaque pays visé, et d'un émolument par classe supplémentaire. Ces montants sont en francs suisses et révisés régulièrement pays par pays, ce qui rend tout chiffrage forfaitaire illusoire : le budget dépend entièrement de la liste des pays. Pour un éditeur de logiciel qui s'internationalise, Madrid reste néanmoins la voie la plus efficace, comme je l'explique dans ce guide sur la marque internationale.

Retenez le principe : plus le territoire est large, plus la taxe de base est élevée, mais plus le coût par pays couvert diminue. La vraie question n'est pas « combien ça coûte » mais « où ai-je réellement besoin d'être protégé dans les trois ans ».

Faut-il un avocat ? Le calcul du coût total

Rien ne vous oblige à passer par un avocat pour déposer une marque en France ou dans l'UE. La procédure en ligne est accessible. La vraie question est celle du coût total, risque inclus, pas celle des honoraires pris isolément.

Voici mes tarifs, pour que vous raisonniez en budget complet. Le dépôt de marque en France ou au sein de l'UE, jusqu'à trois classes, est facturé 600 € HT (hors taxes officielles de l'office). La recherche d'antériorités jusqu'à trois classes est à 600 € HT, et le pack recherche + dépôt à 1 000 € HT. Si une opposition survient, sa gestion - en demande ou en réponse - est à 1 500 € HT pour une marque française, 2 500 € HT pour une marque de l'UE. Le renouvellement à dix ans est à 350 € HT, et la surveillance de votre marque face aux dépôts de tiers à 100 € HT par mois et par marque.

Ce que ces honoraires couvrent, c'est exactement ce qui fait la différence entre un dépôt et une protection solide : le calibrage des classes en fonction de votre activité, la recherche de disponibilité au bon niveau, et la rédaction précise du libellé des produits et services - un libellé bâclé peut affaiblir une marque pour toute sa durée de vie.

Le dépôt seul, sans accompagnement, se justifie quand le signe est très distinctif, l'activité simple, et le marché purement français. Dès qu'il y a un enjeu - une levée de fonds à venir où la PI sera auditée, une internationalisation, un nom proche de signes existants - le calcul s'inverse : l'accompagnement coûte moins cher que de réparer un dépôt mal fait.

Deux aides peuvent par ailleurs alléger la facture. Le Pass PI de l'INPI, dispositif auquel le cabinet est référencé, soutient financièrement les démarches de propriété industrielle des entreprises. Et le SME Fund européen permet aux PME d'obtenir un remboursement partiel des taxes de dépôt de marques (jusqu'à 75 % des taxes EUIPO selon les conditions et l'enveloppe annuelle). Ces dispositifs évoluent chaque année - vérifiez les conditions en vigueur avant de déposer.

Le coût qu'on oublie systématiquement : le renouvellement

Une marque n'est pas acquise pour toujours. La protection dure dix ans et doit être renouvelée, indéfiniment, par tranches de dix ans (article L.712-9 du CPI).

Côté INPI, le renouvellement coûte 290 € pour une classe, plus 40 € par classe supplémentaire. Il se fait dans l'année qui précède l'échéance. Un délai de grâce de six mois existe après l'échéance, mais il s'accompagne d'une surtaxe. Passé ce délai, la marque s'éteint définitivement - et n'importe qui peut alors redéposer un signe identique.

C'est une mécanique simple, mais l'oubli est l'une des causes les plus banales de perte de marque que je rencontre, en particulier dans les sociétés qui ont changé d'équipe ou d'avocat entre-temps. Mettre une alerte douze mois avant l'échéance ne coûte rien et évite de tout reconstruire. J'ai détaillé la procédure et les délais dans cet article sur le renouvellement de marque.

Le poste sur lequel ne jamais économiser

Si je devais résumer dix ans de dépôts en une phrase pour un fondateur pressé : le coût d'une marque ne se joue pas sur la taxe de dépôt, il se joue sur ce qui l'entoure. Une recherche d'antériorités sérieuse et un bon calibrage des classes coûtent quelques centaines d'euros et préviennent des litiges qui se chiffrent en dizaines de milliers. C'est le meilleur rapport sécurité / prix de toute la propriété intellectuelle.

Chaque situation a ses spécificités, et ce qui précède ne remplace pas une analyse de votre cas - le bon périmètre dépend de votre activité, de vos marchés et de votre nom. Si vous préparez un dépôt et voulez chiffrer précisément votre budget, le guide du dépôt de marque reprend la méthode pas à pas, et vous pouvez me contacter ou réserver un premier rendez-vous pour valider votre stratégie avant de payer la moindre taxe.

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