Le poste budgétaire est rarement négligeable. Quand une entreprise cherche à sortir d'un contrat SaaS avant terme, la première réponse de l'éditeur est souvent une facture : solde des mois restants, frais de « décommissionnement », coûts de restitution des données, pénalités de résiliation anticipée. Avant le Data Act, ces frais étaient régis exclusivement par le contrat. Si vous aviez signé des conditions prévoyant le paiement intégral de l'engagement restant en cas de sortie, il n'y avait pas grand-chose à faire.
Le Data Act (Règlement (UE) 2023/2854) change profondément cette situation. Les articles 29 et 30 du règlement encadrent — et à terme suppriment — les frais que peut facturer un éditeur SaaS dans le cadre d'un changement de prestataire.
Cet article se concentre sur les frais de switching dans le cadre du Data Act. Pour le cadre général de la résiliation SaaS sous le Data Act, voir mon guide complet. Article à jour — mars 2026.
Le Data Act distingue deux phases pour les frais de switching. Cette distinction est essentielle pour comprendre ce que vous pouvez contester aujourd'hui et ce qui changera demain.
Pendant cette phase, les fournisseurs de services de traitement de données peuvent encore facturer des frais de switching, mais sous conditions strictes. L'article 29(2) impose que ces frais soient proportionnés aux coûts réellement engagés par le fournisseur pour permettre la migration, et qu'ils ne dépassent pas ces coûts réels.
Qu'est-ce que ça signifie concrètement ? L'éditeur peut vous facturer le temps effectivement passé à assister la migration, les coûts techniques d'export de données dans des formats compatibles, et éventuellement les frais de support technique lié à la transition. Ce qu'il ne peut pas faire : vous facturer les mois d'abonnement restants au titre de « frais de sortie », imposer une pénalité forfaitaire déconnectée du coût réel de la migration, ou conditionner la restitution de vos données au paiement de frais disproportionnés.
L'article 29(5) prévoit la suppression totale des frais de switching. À compter de cette date, le fournisseur ne pourra plus facturer aucun frais lié au changement de prestataire. La migration devra être gratuite.
Cette échéance est importante pour les contrats en cours. Si votre engagement SaaS court jusqu'en 2028 et que vous envisagez une sortie, il peut être stratégiquement pertinent de déclencher la résiliation après janvier 2027 pour bénéficier de la gratuité totale — sauf si les coûts de maintien du SaaS inutilisé dépassent les frais de switching qui vous seraient facturés avant cette date. C'est un calcul à faire au cas par cas.
La frontière entre frais légitimes et frais abusifs n'est pas toujours évidente. Voici les situations que je rencontre le plus souvent.
Frais d'export de données techniques — En principe facturable pendant la période transitoire, à condition que le montant soit justifié et proportionné. Si l'éditeur facture 500 € pour un export CSV de votre base client, c'est discutable. S'il facture 15 000 € pour un export massif de données complexes nécessitant un développement spécifique, c'est plus défendable — mais il devra être en mesure de justifier le montant.
Pénalité égale au solde de l'engagement — C'est le cas le plus fréquent et le plus contestable. Si votre contrat prévoit qu'en cas de résiliation anticipée vous devez le solde des mensualités restantes, cette clause entre en tension directe avec le Data Act. Le règlement prévoit que les frais de switching doivent refléter les coûts de migration, pas compenser le manque à gagner. Une pénalité de 12 mois d'abonnement pour un export de données qui prend 2 heures n'est pas proportionnée au sens du règlement.
Frais de « décommissionnement » ou de « clôture de compte » — Certains éditeurs facturent des frais administratifs de clôture. Si ces frais sont raisonnables (quelques centaines d'euros) et documentés, ils peuvent passer. S'ils sont un déguisement de pénalité, ils sont contestables.
Conditionnement de la restitution des données au paiement — L'article 24 impose la restitution des données indépendamment de tout litige financier. Retenir les données du client comme levier de paiement est contraire au règlement.
Si votre éditeur vous oppose des frais que vous estimez disproportionnés, plusieurs leviers existent.
Le premier est contractuel : vérifiez si les frais invoqués sont effectivement prévus par le contrat, et si les conditions de leur application sont remplies. Il arrive que des éditeurs appliquent des pénalités prévues pour une résiliation pour convenance à une résiliation fondée sur le Data Act — ce qui n'est pas le même régime.
Le deuxième est réglementaire : le Data Act impose un plafonnement aux coûts réels. Demandez à l'éditeur de justifier, poste par poste, les frais qu'il facture. S'il ne peut pas produire un chiffrage détaillé et documenté, la facturation est contestable.
Le troisième levier est la négociation. Dans mon expérience, une grande partie des situations se résout par une discussion structurée. L'éditeur sait que le Data Act est d'ordre public et qu'un contentieux sur ce sujet serait risqué pour lui. Un courrier bien construit, qui identifie les fondements juridiques et expose clairement les incohérences de la facturation, suffit souvent à obtenir une réduction significative.
Certains éditeurs soutiennent que le Data Act ne s'applique pas aux contrats conclus avant son entrée en vigueur. C'est inexact. Le règlement s'applique aux contrats en cours, y compris ceux signés avant le 12 septembre 2025, sous réserve des dispositions transitoires de l'article 30. Un contrat signé en 2023 avec un engagement de 5 ans est soumis au Data Act. L'ancienneté du contrat ne supprime pas le droit de switching.
Avant de déclencher une procédure de résiliation, posez-vous une question simple : combien me coûte le maintien du SaaS inutilisé jusqu'à l'échéance naturelle du contrat, comparé aux frais de sortie que l'éditeur pourrait légitimement facturer pendant la période transitoire ? Si le delta est significatif, la résiliation anticipée a un sens économique clair — et le Data Act est le levier pour la rendre possible.
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Votre entreprise est bloquée dans un contrat SaaS ? Le Data Act ouvre un droit de résiliation pour changer de prestataire. Conditions, procédure, pièges à éviter.

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